
| Un film de Akira Kurosawa 1950
Dans le Japon de la fin de l’époque de Heian (794-1185), quatre personnes présentent des versions sensiblement différentes d’un même drame : la mort par arme blanche d’un samouraï consécutive au viol de son épouse, au terme d’une embuscade tendue par un brigand. L’épouse s’est réfugiée ensuite dans un monastère.
L’évocation du cas se fait dans le cadre étrange et fantomatique de la porte Rashô (porte de la Vie, un édifice splendide mais ruiné par la guerre, où trois hommes du commun se sont abrités d’une pluie diluvienne : un bûcheron, un moine et un passant. Le bûcheron est obsédé par le procès auquel il vient de participer, à la suite de sa découverte en forêt du cadavre d’un samouraï assassiné : les versions des différents protagonistes de la scène ne coïncident pas et il veut « comprendre ».
Musique : Fumio Hayasaka
Distribution : Toshirō Mifune / Masayuki Mori / Machiko Kyō / Takashi Shimura / Daisuke Katō / Noriko Honma / Minoru Chiaki / Kichijirō Ueda
Rashomon 1950
Montré et primé au Festival de Venise 1951, Rashomon est à l’origine de la vague d’intérêt de l’Occident pour le cinéma japonais. Douzième film de Kurosawa, tiré de deux nouvelles de Ryumosuke Akutagawa (1892-1927), c’est une oeuvre de la maturité du cinéaste. Pleine de bruit et de fureur, riche en mouvements d’appareil qui courent après les personnages, les dépassent ou les encerclent et zèbrent l’espace avec une fébrilité baroque, elle révèle à l’évidence que la sérénité et le détachement ne figurent pas parmi les données premières de l’nnivers de l’auteur. Maniant en virtuose l’abstrait et le concret (par exemple dans les lieux de l’action, l’abstraction du tribunal où l’on ne peut voir ni entendre les interrogateurs s’opposant à la présence quasi cosmique de la porte de Rasho noyée dans un déluge), utilisant une direction d’acteurs variée et spectaculaire, tantôt introvertie et tantôt extravertie, Kurosawa s’acharne à démontrer qu’un seul point de vue, un seul type de valeurs, une seule tonaliténe sauraient permettre de déchiffrer l’énigme du monde. Et s’il entrecroise dans le récit de ce fait divers tragique des témoignages contradictoires, c’est moins pour souligner la vanité ou la faiblesse de l’homme (elles existent cependant) que pour faire sentir le gouffre qui s’épare les mots et les choses, la subjectivité et la réalité. Ce gouffre vient confirmer et aggraver l’opacité du réel. A cet égard, Rashomon est plus près de Faulkner que de Pirandello. L’épilogue << heureux >> cooncernant le bébé peut paraître surajouté. Il l’est en et ne faisait pas partie des deux nouvelles adaptées; mais, comme tel, il exprime bien le rôle et la place de l’humanisme dans l’oeuvre de Kurosawa. C’est une sorte d’acquis secondaire, un remède, un baume appliqué avec l’énergie du désespoir sur le désordre et les convulsions du monde, lequel demeure à toutes les époques fondamentalement barbare et indéchiffrable à l’homme.
Jacques Lourcelles – scénariste, traducteur, directeur de revue, historien et critique de cinéma – Dictionnaire du cinéma – Editions Robert Laffont. 1992
🎥 Fiche d’identité : L’explosion du cinéma japonais à l’Occident
Avant Rashōmon, le cinéma nippon était un jardin secret. Après ce film, il est devenu une référence mondiale incontournable, décrochant le Lion d’Or à Venise et un Oscar d’honneur.
Titre original : Rashōmon (羅生門).
Thème central : La subjectivité de la vérité. Quatre personnes racontent le même crime de quatre manières différentes, révélant la vanité humaine plutôt que les faits.
Le concept « Rashōmon » : Le film a donné son nom à un effet psychologique et narratif utilisé encore aujourd’hui au cinéma (comme dans The Last Duel de Ridley Scott).
1. Une révolution technique et visuelle
Kurosawa et son chef opérateur, Kazuo Miyagawa, ont brisé plusieurs tabous cinématographiques de l’époque :
Filmer le soleil de face : À l’époque, on pensait que cela brûlerait la pellicule. Kurosawa l’a fait pour symboliser la confusion et l’aveuglement des personnages.
La caméra en mouvement : Les travellings fluides à travers la forêt créent une sensation d’immersion et d’urgence quasi hypnotique.
Les contrastes de lumière : L’usage des ombres des feuillages sur les visages renforce l’idée que la vérité est morcelée et changeante.
2. Le triomphe de Toshiro Mifune
C’est ici que l’alchimie entre Kurosawa et Mifune explose. En interprétant le brigand Tajōmaru, Mifune déploie une énergie animale, presque sauvage. Il ne joue pas un bandit classique ; il bouge et se gratte comme un prédateur, apportant une modernité de jeu qui a sidéré le public international.
3. La structure narrative : Un puzzle moral
Le film se déroule sur trois plans temporels :
Le présent (sous la porte monumentale de Rashōmon, sous une pluie battante).
Le procès (devant un juge invisible, face caméra).
Le passé (les différentes versions du crime dans la forêt).
Note historique : Les dirigeants des studios Daiei ne comprenaient absolument pas le film pendant le tournage et craignaient un échec cuisant. C’est grâce à l’obstination d’une déléguée italienne, Giuliana Stramigioli, que le film a été envoyé à Venise, changeant l’histoire du cinéma.
Saviez-vous que… ?
Pour obtenir la pluie diluvienne de la scène d’ouverture, Kurosawa a dû mélanger l’eau avec de l’encre de Chine. Sans cela, les caméras de l’époque ne parvenaient pas à capturer les gouttes d’eau de manière assez contrastée à l’écran !
En résumé
Rashōmon est un chef-d’œuvre de cynisme et d’humanisme mêlés. Plus qu’une enquête criminelle, c’est une autopsie de l’âme humaine. La conclusion, bien que plus optimiste que les nouvelles de Ryūnosuke Akutagawa dont le film s’inspire, pose une question fondamentale : peut-on encore faire confiance à l’homme ?
| Découvrir
Nick Cave : This Much I Know To be True
De Andrew Dominik
Bamboo Dream
Cloud Gate Dance Théâtre
Musique de Arvo Part
Joe Hisaishi in Budokan
Studio Ghibli 25 Years Concert

La Forteresse cachée
DVD
[Édition Collector]

Coffret
DVD
10 Toiles du Maître

Les 7 samouraïs
4K Ultra HD + Blu-Ray
Édition 70ème anniversaire

Les films historiques
DVD
[Édition Collector]







































