
| Un film de Akira Kurosawa 1962
Le film explore des thèmes tels que le contraste entre l’apparence et la réalité, la sagesse face à l’idéalisme naïf, et la violence comme dernier recours.
Sanjuro, malgré son apparence négligée et ses manières brusques, se révèle être le personnage le plus sage et compétent, tandis que les personnages qui semblent respectables sont souvent corrompus.
Kurosawa utilise cette dynamique pour remettre en question les stéréotypes du héros samouraï, présentant un protagoniste cynique qui privilégie l’intelligence à la force brute.
Musique : Masaru Satō
Distribution : Toshirō Mifune / Tatsuya Nakadai / Yūzō Kayama / Akira Kubo / Hiroshi Tachikawa / Yoshio Tsuchiya / Kunie Tanaka / Tatsuyoshi Ehara…
Rashomon 1950
Montré et primé au Festival de Venise 1951, Rashomon est à l’origine de la vague d’intérêt de l’Occident pour le cinéma japonais. Douzième film de Kurosawa, tiré de deux nouvelles de Ryumosuke Akutagawa (1892-1927), c’est une oeuvre de la maturité du cinéaste. Pleine de bruit et de fureur, riche en mouvements d’appareil qui courent après les personnages, les dépassent ou les encerclent et zèbrent l’espace avec une fébrilité baroque, elle révèle à l’évidence que la sérénité et le détachement ne figurent pas parmi les données premières de l’nnivers de l’auteur. Maniant en virtuose l’abstrait et le concret (par exemple dans les lieux de l’action, l’abstraction du tribunal où l’on ne peut voir ni entendre les interrogateurs s’opposant à la présence quasi cosmique de la porte de Rasho noyée dans un déluge), utilisant une direction d’acteurs variée et spectaculaire, tantôt introvertie et tantôt extravertie, Kurosawa s’acharne à démontrer qu’un seul point de vue, un seul type de valeurs, une seule tonaliténe sauraient permettre de déchiffrer l’énigme du monde. Et s’il entrecroise dans le récit de ce fait divers tragique des témoignages contradictoires, c’est moins pour souligner la vanité ou la faiblesse de l’homme (elles existent cependant) que pour faire sentir le gouffre qui s’épare les mots et les choses, la subjectivité et la réalité. Ce gouffre vient confirmer et aggraver l’opacité du réel. A cet égard, Rashomon est plus près de Faulkner que de Pirandello. L’épilogue << heureux >> cooncernant le bébé peut paraître surajouté. Il l’est en et ne faisait pas partie des deux nouvelles adaptées; mais, comme tel, il exprime bien le rôle et la place de l’humanisme dans l’oeuvre de Kurosawa. C’est une sorte d’acquis secondaire, un remède, un baume appliqué avec l’énergie du désespoir sur le désordre et les convulsions du monde, lequel demeure à toutes les époques fondamentalement barbare et indéchiffrable à l’homme.
Jacques Lourcelles – scénariste, traducteur, directeur de revue, historien et critique de cinéma – Dictionnaire du cinéma – Editions Robert Laffont. 1992
🎥 Fiche d’identité : L’ironie du sabre
Kurosawa reprend le personnage de Sanjuro (Toshiro Mifune) pour l’opposer à un groupe de neuf jeunes samouraïs idéalistes mais naïfs. Le film détourne les codes du genre pour montrer que la véritable force n’est pas dans la violence, mais dans la retenue.
Titre original : Tsubaki Sanjūrō (椿三十郎 – Sanjuro aux camélias).
Thème central : La maturité contre l’impétuosité. Sanjuro tente d’éduquer des jeunes gens qui voient la guerre comme un jeu noble, tout en gérant l’influence apaisante d’une dame de la noblesse qui lui rappelle que « les meilleurs sabres restent dans leur fourreau ».
L’évolution du héros : Sanjuro est ici plus protecteur, presque une figure paternelle grognon, dont la maîtrise technique est absolue mais dont la lassitude face à la violence grandit.
1. Composition visuelle : Le contraste des lignes
Kurosawa utilise le TohoScope pour souligner le décalage entre le héros et les novices.
Le bloc des neuf : Les jeunes samouraïs sont souvent cadrés comme une entité unique, un bloc compact et géométrique de neuf têtes qui bougent à l’unisson. Face à eux, Sanjuro est souvent seul, allongé ou de travers, brisant la symétrie du plan par sa posture décontractée.
Le jardin des camélias : L’image utilise la délicatesse des fleurs (rouges ou blanches selon le signal) pour structurer l’espace narratif. La composition plastique intègre la nature non pas comme décor, mais comme un élément de communication tactique et visuelle.
2. Composition sonore : Le silence et l’éclat
Masaru Sato continue son exploration d’une musique de caractère, mais laisse ici une place prépondérante au design sonore pur.
Le son de la politesse : Le contraste sonore est saisissant entre les cris de guerre des jeunes et le langage extrêmement châtié, presque musical, de la femme du chambellan. Cette douceur sonore agit comme un contrepoint à la tension nerveuse du film.
La ponctuation percursive : Comme dans Yojimbo, les moments de violence sont brefs et soulignés par des sons secs. La musique intervient pour ponctuer l’ironie des situations plutôt que pour dramatiser les combats.
3. La scène culte : Le duel final (L’explosion)
C’est l’une des scènes les plus célèbres du cinéma mondial pour son impact visuel et sonore.
La tension immobile : Le duel contre Hanbei dure de longues secondes dans un silence total, où seule la tension des corps est filmée en plan large.
L’impact : Le dénouement est fulgurant. Kurosawa utilise pour la première fois un effet de jaillissement de sang sous pression. Le son de ce jet, combiné à la rapidité du geste, crée un choc sensoriel qui vient rompre brutalement la composition jusque-là très calme du plan.
Note de production : L’effet de sang lors du duel final était un accident technique : la pression de la pompe était trop forte. Kurosawa a pourtant décidé de garder la prise, trouvant que cette démesure visuelle traduisait parfaitement la laideur de la violence que le film dénonce.
Saviez-vous que… ?
Le nom choisi par le héros dans ce film est Sanjuro Tsubaki. Tsubaki signifie « Camélia ». Il l’improvise en regardant les fleurs du jardin, tout comme il l’avait fait dans le film précédent avec le champ de mûriers. Cette répétition sonore ancre le personnage dans un éternel présent, un homme sans passé défini par son environnement immédiat.
En résumé
Sanjuro est une œuvre de maturité déguisée en divertissement. C’est une composition magistrale sur le décalage : entre la jeunesse et l’expérience, entre la fleur et le sabre, entre le silence de la paix et le fracas de la guerre. Un film où Kurosawa utilise sa « magie des compositions » pour livrer une leçon d’humanisme.
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